Caroline Perriard | Oliver Staffelbach | Claudia Keller (éds)
Schulthess Juristische Medien AG, Zurich 2015, 390 pages, 79 CHF, ISBN 978-3-7255-6958-8
Le livre Social Media und Recht fĂŒr Unternehmen est un ouvrage destinĂ© tant aux entreprises quâaux juristes et avocats qui conseillent ces entreprises. Il comporte sept chapitres qui couvrent les thĂ©matiques les plus pertinentes relatives Ă lâusage des rĂ©seaux sociaux soit par lâentreprise elle-mĂȘme, soit par les tiers communiquant sur lâentreprise ou ses marques.
De nombreux points sont discutés en étant comparés avec la pratique «offline» et les auteurs ont tenté de trouver des solutions pragmatiques pour les nouvelles situations «on-line».
Les textes offrent des pistes pour rĂ©gler les conflits. Plusieurs auteurs proposent aussi des bonnes pratiques Ă mettre en place par les entreprises qui veulent utiliser les rĂ©seaux sociaux. Lâajout de cas pratiques permet Ă©galement de se faire une idĂ©e des problĂšmes qui surviennent sur ces plateformes.
Le premier chapitre rĂ©digĂ© par Oliver Staffelbach couvre les dĂ©buts de lâentreprise sur les rĂ©seaux sociaux et met en avant les diffĂ©rences entre une plateforme gĂ©rĂ©e par lâentreprise ellemĂȘme et les plateformes de tiers.
Lâauteur liste de nombreuses recommandations utiles Ă lâentreprise afin de dĂ©finir son mode de communication en ligne, la gestion dâactions marketing comme les promotions, lâusage dâhyperliens vers du contenu appartenant Ă des tiers ainsi que la stratĂ©gie du choix dâun nom de profil.
Il explique aussi clairement lâimportance des conditions dâutilisation dâune plateforme qui offre au prestataire de cette plateforme un moyen de dĂ©fense et de limitation de responsabilitĂ© dans certains cas conflictuels.
Le chapitre 2 dĂ©veloppe la notion de «contenu» accessible sur les rĂ©seaux sociaux et les divers types de licence liĂ©s Ă ce contenu. Lâauteur Florian Schmidt-Gabain sâinterroge sur le contenu digne dâintĂ©rĂȘt de protection et Ă quel moment les utilisateurs ont-ils le droit (ou non) de reproduire un tel contenu. Enfin il dĂ©crit quels sont les moyens qui peuvent ĂȘtre mis en Ćuvre pour dĂ©fendre des Ćuvres ou du matĂ©riel qui serait utilisĂ© sans autorisation.
Une partie intĂ©ressante du chapitre concerne lâemploi dâune Ćuvre fait pour son propre usage et notamment lâinterprĂ©tation du cercle restreint de personnes qui peuvent utiliser du matĂ©riel protĂ©gĂ© sans permission expresse. La question est de savoir si un cercle dâamis sur une plateforme de rĂ©seaux sociaux correspond au cercle restreint de proches selon la loi sur le droit dâauteur. Lâauteur dĂ©crit ainsi comment les critĂšres dĂ©veloppĂ©s Ă une Ă©poque antĂ©rieure peuvent sâappliquer Ă des situations contemporaines.
Le troisiĂšme chapitre de Barbara MĂŒller couvre lâusage de la marque avec une extension au nom de lâentreprise, au concept de titre et au nom de domaine. Lâauteure couvre les diffĂ©rents aspects de la recherche de disponibilitĂ© dâune marque Ă la crĂ©ation de page sur les plateformes.
En ce qui concerne les violations des droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle, Barbara MĂŒller compare lâusage commercial ou du moins liĂ© aux affaires avec un usage Ă titre privĂ©. Elle dĂ©finit les cas les plus courants dâutilisation dâune marque, par exemple sur une page de fan, sous la forme de la parodie ou dans les forums de discussion, et bien sĂ»r les faux comptes qui sâidentifient aux originaux.
Lâauteure termine par Ă©numĂ©rer les diffĂ©rentes Ă©tapes dâune activitĂ© en ligne sur les rĂ©seaux sociaux: de la surveillance Ă lâutilisation de plaintes en ligne, de la vĂ©rification des pages aux diffĂ©rents moyens lĂ©gaux qui permettent de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts de lâentreprise. Sur ce dernier point, lâauteure soulĂšve les consĂ©quences sur la rĂ©putation de la marque que peut gĂ©nĂ©rer une rĂ©action trop virulente en ligne.
Claudia Keller couvre dans le chapitre 4 le droit de la publicitĂ©. Les rĂ©seaux sociaux ont créé de nouveaux modĂšles de publicitĂ© et Ă©videmment de nouvelles questions juridiques. Lâauteure explique la notion de publicitĂ© et sa dĂ©finition par la Commission Suisse pour la LoyautĂ© notamment et dĂ©cide dâappliquer une dĂ©finition plutĂŽt large du concept de publicitĂ© sur internet.
Le chapitre propose des cas pratiques trĂšs utiles pour les entreprises. Par exemple, Claudia Keller dĂ©crit les diffĂ©rents types de concours et autres outils marketing tels que lâachat de publicitĂ© en ligne ou les concepts de «native advertising», «user generated content» et «blogger».
Le chapitre 5 concerne le droit du travail et les rĂ©seaux sociaux et met en avant lâutilisation de rĂ©seaux sociaux dans le processus de recrutement, ainsi que lâusage des rĂ©seaux sociaux sur le lieu du travail par les employĂ©s.
Les auteurs MichĂšle Stutz et Noemi Valloni analysent la pratique de |collecte des informations sur les candidats au recrutement et les limites lĂ©gales. Elles mentionnent aussi le contrĂŽle interne de lâusage des rĂ©seaux sociaux par les employĂ©s et comment bloquer ou limiter lâaccĂšs aux plateformes.
Les auteurs recommandent la publication au sein de lâentreprise de rĂšgles internes dâutilisation des rĂ©seaux sociaux. Ces rĂšgles permettent de clarifier ce que lâentreprise admet de la part de ses employĂ©s et de sanctionner les cas de violation.
Enfin, elles ont dĂ©veloppĂ© plusieurs check-lists afin de rĂ©diger des rĂšgles internes, y compris le fait dâapporter son propre matĂ©riel Ă©lectronique au sein de lâentreprise (appelĂ© «bringyour-own-device»).
Le sixiĂšme chapitre rĂ©digĂ© par Jascha Schneider-Marfels porte sur les notions de calomnie et de diffamation sur internet. Lâauteur examine les dĂ©clarations dĂ©sobligeantes envers les personnes privĂ©es et les fausses allĂ©gations contre les entreprises. Le caractĂšre anonyme dâinternet tend Ă accroĂźtre les cas de diffamation. Le cercle des personnes atteintes est Ă©galement plus large et les contrĂŽles sont plus complexes: lâorigine des atteintes peut ĂȘtre difficile Ă localiser et il y a pas ou peu de limites territoriales.
Lâauteur dĂ©crit les diffĂ©rents cas dâatteinte aux droits de la personnalitĂ© et les avantages et inconvĂ©nients des moyens mis en Ćuvre (voies civile et pĂ©nale). Jascha Schneider-Marfels peint par de multiples exemples rĂ©alistes des cas dâallĂ©gations contre lâhonneur, indiquant ceux qui peuvent ĂȘtre portĂ©s devant la justice. Elle mentionne aussi les nouvelles situations comme le droit Ă lâoubli ou le vol dâidentitĂ© sur internet. Enfin, elle suggĂšre une stratĂ©gie et des moyens pour gĂ©rer les crises liĂ©es aux atteintes Ă la rĂ©putation dâune entreprise.
Le dernier chapitre concerne la protection des donnĂ©es. Lâauteur David Vasella explique en dĂ©tail quelles sont les normes applicables du droit suisse, notamment la coresponsabilitĂ© des entreprises qui gĂšrent les donnĂ©es avec celles qui les collectent ou alors dans quels cas les donnĂ©es personnelles qui se trouvent sur les sites des rĂ©seaux sociaux peuvent constituer des profils au sens de la loi.
Ătant donnĂ© que les prestataires sont souvent Ă©tablis Ă lâĂ©tranger et non en Suisse, lâauteur explique quelles sont les rĂšgles de droit international qui sâappliquent. Il se penche ensuite sur les trois principes qui couvrent le traitement des donnĂ©es, Ă savoir «est-ce que le traitement est licite», «est-il proportionnel» et «est-ce que le fait de collecter ces donnĂ©es est reconnaissable». Il analyse ces trois principes notamment en relation avec les conditions gĂ©nĂ©rales des prestataires des plateformes. Finalement David Vasella dĂ©crit les outils tels «find Ă friend», la reconnaissance automatique de visage, le tagging dâautres utilisateurs ou la gĂ©olocalisation et leurs consĂ©quences sur le droit de la protection des donnĂ©es. Lâauteur finit par une liste utile afin de rĂ©diger un avis de protection des donnĂ©es applicable aux sites et aux plateformes.
En rĂ©sumĂ©, cet ouvrage est trĂšs utile pour comprendre les multiples implications dâune activitĂ© sur une plateforme collaborative et les incidences lĂ©gales de cette activitĂ©. Les implications liĂ©es Ă la rĂ©putation de la marque ne doivent pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©es et, selon mon expĂ©rience, toute Ă©quipe juridique doit travailler Ă©troitement avec les Ă©quipes de communication et marketing pour Ă©tablir une stratĂ©gie sur les rĂ©seaux sociaux. Dans de nombreux cas, lâentreprise choisira de ne pas ouvrir action et prĂ©fĂ©rera un rĂšglement amiable afin de ne pas rajouter de lâhuile sur le feu et engendrer une crise sur les rĂ©seaux sociaux.
Caroline Perriard, lic. iur., LL.M., Lausanne