06 | 2016
Bibliographie

Caroline Perriard | Oliver Staffelbach | Claudia Keller (éds)

Social Media und Recht fĂŒr Unternehmen

|Besprechung | Compte rendu

Oliver Staffelbach | Claudia Keller (éds)

Schulthess Juristische Medien AG, Zurich 2015, 390 pages, 79 CHF, ISBN 978-3-7255-6958-8

Le livre Social Media und Recht fĂŒr Unternehmen est un ouvrage destinĂ© tant aux entreprises qu’aux juristes et avocats qui conseillent ces entreprises. Il comporte sept chapitres qui couvrent les thĂ©matiques les plus pertinentes relatives Ă  l’usage des rĂ©seaux sociaux soit par l’entreprise elle-mĂȘme, soit par les tiers communiquant sur l’entreprise ou ses marques.

De nombreux points sont discutés en étant comparés avec la pratique «offline» et les auteurs ont tenté de trouver des solutions pragmatiques pour les nouvelles situations «on-line».

Les textes offrent des pistes pour rĂ©gler les conflits. Plusieurs auteurs proposent aussi des bonnes pratiques Ă  mettre en place par les entreprises qui veulent utiliser les rĂ©seaux sociaux. L’ajout de cas pratiques permet Ă©galement de se faire une idĂ©e des problĂšmes qui surviennent sur ces plateformes.

Le premier chapitre rĂ©digĂ© par Oliver Staffelbach couvre les dĂ©buts de l’entreprise sur les rĂ©seaux sociaux et met en avant les diffĂ©rences entre une plateforme gĂ©rĂ©e par l’entreprise ellemĂȘme et les plateformes de tiers.

L’auteur liste de nombreuses recommandations utiles Ă  l’entreprise afin de dĂ©finir son mode de communication en ligne, la gestion d’actions marketing comme les promotions, l’usage d’hyperliens vers du contenu appartenant Ă  des tiers ainsi que la stratĂ©gie du choix d’un nom de profil.

Il explique aussi clairement l’importance des conditions d’utilisation d’une plateforme qui offre au prestataire de cette plateforme un moyen de dĂ©fense et de limitation de responsabilitĂ© dans certains cas conflictuels.

Le chapitre 2 dĂ©veloppe la notion de «contenu» accessible sur les rĂ©seaux sociaux et les divers types de licence liĂ©s Ă  ce contenu. L’auteur Florian Schmidt-Gabain s’interroge sur le contenu digne d’intĂ©rĂȘt de protection et Ă  quel moment les utilisateurs ont-ils le droit (ou non) de reproduire un tel contenu. Enfin il dĂ©crit quels sont les moyens qui peuvent ĂȘtre mis en Ɠuvre pour dĂ©fendre des Ɠuvres ou du matĂ©riel qui serait utilisĂ© sans autorisation.

Une partie intĂ©ressante du chapitre concerne l’emploi d’une Ɠuvre fait pour son propre usage et notamment l’interprĂ©tation du cercle restreint de personnes qui peuvent utiliser du matĂ©riel protĂ©gĂ© sans permission expresse. La question est de savoir si un cercle d’amis sur une plateforme de rĂ©seaux sociaux correspond au cercle restreint de proches selon la loi sur le droit d’auteur. L’auteur dĂ©crit ainsi comment les critĂšres dĂ©veloppĂ©s Ă  une Ă©poque antĂ©rieure peuvent s’appliquer Ă  des situations contemporaines.

Le troisiĂšme chapitre de Barbara MĂŒller couvre l’usage de la marque avec une extension au nom de l’entreprise, au concept de titre et au nom de domaine. L’auteure couvre les diffĂ©rents aspects de la recherche de disponibilitĂ© d’une marque Ă  la crĂ©ation de page sur les plateformes.

En ce qui concerne les violations des droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle, Barbara MĂŒller compare l’usage commercial ou du moins liĂ© aux affaires avec un usage Ă  titre privĂ©. Elle dĂ©finit les cas les plus courants d’utilisation d’une marque, par exemple sur une page de fan, sous la forme de la parodie ou dans les forums de discussion, et bien sĂ»r les faux comptes qui s’identifient aux originaux.

L’auteure termine par Ă©numĂ©rer les diffĂ©rentes Ă©tapes d’une activitĂ© en ligne sur les rĂ©seaux sociaux: de la surveillance Ă  l’utilisation de plaintes en ligne, de la vĂ©rification des pages aux diffĂ©rents moyens lĂ©gaux qui permettent de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts de l’entreprise. Sur ce dernier point, l’auteure soulĂšve les consĂ©quences sur la rĂ©putation de la marque que peut gĂ©nĂ©rer une rĂ©action trop virulente en ligne.

Claudia Keller couvre dans le chapitre 4 le droit de la publicitĂ©. Les rĂ©seaux sociaux ont créé de nouveaux modĂšles de publicitĂ© et Ă©videmment de nouvelles questions juridiques. L’auteure explique la notion de publicitĂ© et sa dĂ©finition par la Commission Suisse pour la LoyautĂ© notamment et dĂ©cide d’appliquer une dĂ©finition plutĂŽt large du concept de publicitĂ© sur internet.

Le chapitre propose des cas pratiques trĂšs utiles pour les entreprises. Par exemple, Claudia Keller dĂ©crit les diffĂ©rents types de concours et autres outils marketing tels que l’achat de publicitĂ© en ligne ou les concepts de «native advertising», «user generated content» et «blogger».

Le chapitre 5 concerne le droit du travail et les rĂ©seaux sociaux et met en avant l’utilisation de rĂ©seaux sociaux dans le processus de recrutement, ainsi que l’usage des rĂ©seaux sociaux sur le lieu du travail par les employĂ©s.

Les auteurs MichĂšle Stutz et Noemi Valloni analysent la pratique de |collecte des informations sur les candidats au recrutement et les limites lĂ©gales. Elles mentionnent aussi le contrĂŽle interne de l’usage des rĂ©seaux sociaux par les employĂ©s et comment bloquer ou limiter l’accĂšs aux plateformes.

Les auteurs recommandent la publication au sein de l’entreprise de rĂšgles internes d’utilisation des rĂ©seaux sociaux. Ces rĂšgles permettent de clarifier ce que l’entreprise admet de la part de ses employĂ©s et de sanctionner les cas de violation.

Enfin, elles ont dĂ©veloppĂ© plusieurs check-lists afin de rĂ©diger des rĂšgles internes, y compris le fait d’apporter son propre matĂ©riel Ă©lectronique au sein de l’entreprise (appelĂ© «bringyour-own-device»).

Le sixiĂšme chapitre rĂ©digĂ© par Jascha Schneider-Marfels porte sur les notions de calomnie et de diffamation sur internet. L’auteur examine les dĂ©clarations dĂ©sobligeantes envers les personnes privĂ©es et les fausses allĂ©gations contre les entreprises. Le caractĂšre anonyme d’internet tend Ă  accroĂźtre les cas de diffamation. Le cercle des personnes atteintes est Ă©galement plus large et les contrĂŽles sont plus complexes: l’origine des atteintes peut ĂȘtre difficile Ă  localiser et il y a pas ou peu de limites territoriales.

L’auteur dĂ©crit les diffĂ©rents cas d’atteinte aux droits de la personnalitĂ© et les avantages et inconvĂ©nients des moyens mis en Ɠuvre (voies civile et pĂ©nale). Jascha Schneider-Marfels peint par de multiples exemples rĂ©alistes des cas d’allĂ©gations contre l’honneur, indiquant ceux qui peuvent ĂȘtre portĂ©s devant la justice. Elle mentionne aussi les nouvelles situations comme le droit Ă  l’oubli ou le vol d’identitĂ© sur internet. Enfin, elle suggĂšre une stratĂ©gie et des moyens pour gĂ©rer les crises liĂ©es aux atteintes Ă  la rĂ©putation d’une entreprise.

Le dernier chapitre concerne la protection des donnĂ©es. L’auteur David Vasella explique en dĂ©tail quelles sont les normes applicables du droit suisse, notamment la coresponsabilitĂ© des entreprises qui gĂšrent les donnĂ©es avec celles qui les collectent ou alors dans quels cas les donnĂ©es personnelles qui se trouvent sur les sites des rĂ©seaux sociaux peuvent constituer des profils au sens de la loi.

Étant donnĂ© que les prestataires sont souvent Ă©tablis Ă  l’étranger et non en Suisse, l’auteur explique quelles sont les rĂšgles de droit international qui s’appliquent. Il se penche ensuite sur les trois principes qui couvrent le traitement des donnĂ©es, Ă  savoir «est-ce que le traitement est licite», «est-il proportionnel» et «est-ce que le fait de collecter ces donnĂ©es est reconnaissable». Il analyse ces trois principes notamment en relation avec les conditions gĂ©nĂ©rales des prestataires des plateformes. Finalement David Vasella dĂ©crit les outils tels «find Ă  friend», la reconnaissance automatique de visage, le tagging d’autres utilisateurs ou la gĂ©olocalisation et leurs consĂ©quences sur le droit de la protection des donnĂ©es. L’auteur finit par une liste utile afin de rĂ©diger un avis de protection des donnĂ©es applicable aux sites et aux plateformes.

En rĂ©sumĂ©, cet ouvrage est trĂšs utile pour comprendre les multiples implications d’une activitĂ© sur une plateforme collaborative et les incidences lĂ©gales de cette activitĂ©. Les implications liĂ©es Ă  la rĂ©putation de la marque ne doivent pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©es et, selon mon expĂ©rience, toute Ă©quipe juridique doit travailler Ă©troitement avec les Ă©quipes de communication et marketing pour Ă©tablir une stratĂ©gie sur les rĂ©seaux sociaux. Dans de nombreux cas, l’entreprise choisira de ne pas ouvrir action et prĂ©fĂ©rera un rĂšglement amiable afin de ne pas rajouter de l’huile sur le feu et engendrer une crise sur les rĂ©seaux sociaux.

Caroline Perriard, lic. iur., LL.M., Lausanne