
Compte-rendu de la Conférence de la Ligue Internationale du droit de la Concurrence (LIDC)
Inhaltsverzeichnis
I.Introduction
II.La situation en Suisse
1. Politique de détection des infractions
2. SĂ©lection de cibles dâintervention
3. Ouverture dâune procĂ©dure dâinfraction
4. Mode de rĂ©solution dâune procĂ©dure
III.La situation sur le plan international
1. Politique de détection des infractions
2. SĂ©lection de cibles dâintervention
3. Ouverture dâune procĂ©dure dâinfraction
4. Mode de rĂ©solution dâune procĂ©dure
IV.Recommandations
1. Politique de détection des infractions
2. SĂ©lection de cibles dâintervention
3. Ouverture dâune procĂ©dure dâinfraction
4. Mode de rĂ©solution dâune procĂ©dure
V.Conclusions
Dâun point de vue politique, il est aujourdâhui reconnu que le pouvoir discrĂ©tionnaire dâune autoritĂ© de la concurrence (AC) est justifiĂ© par un certain nombre de raisons:
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â Dâabord, ce pouvoir lui assure une indĂ©pendance par rapport au gouvernement.
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â Au-delĂ de cette libertĂ© de pouvoir agir sans devoir tenir compte de pressions politiques ou Ă©tatiques, lâon explique ce pouvoir discrĂ©tionnaire Ă©galement par le manque de ressources financiĂšres de lâAC.
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â Puis, il apparaĂźt que lâAC soit la mieux placĂ©e afin de reconnaĂźtre Ă temps les marchĂ©s nĂ©cessitant une intervention afin dây restaurer une concurrence efficace.
Mais, le pouvoir discrĂ©tionnaire de lâAC est-il illimitĂ©? La Ligue Internationale du Droit de la Concurrence (LIDC) sâest penchĂ©e lors de lâĂ©dition 2009 de son congrĂšs Ă Vienne sur une question qui â malgrĂ© son importante dimension Ă©conomique et politique â nâa jusquâĂ ce jour pas Ă©tĂ© abordĂ©e de façon empirique et systĂ©matique: LâAC dispose-telle, et si oui, dans quelle mesure, dâun pouvoir discrĂ©tionnaire dans ses activitĂ©s?
Des rapporteurs de 16 diffĂ©rents pays, dont la Suisse, se sont efforcĂ©s de rĂ©pondre Ă la question posĂ©e et de mettre en lumiĂšre quelques spĂ©cificitĂ©s de leur droit national, le rapporteur international tentant pour sa part dâĂ©tablir des lignes et tendances communes Ă tous les pays consultĂ©s. Lâensemble de ces rapports peut ĂȘtre consultĂ© sur le site Internet de la LIDC Ă lâadresse suivante: http://www.ligue.org/publication.php?txtt=21&docc=1.
Dans un premier temps, nous exposerons la situation telle quâelle se prĂ©sente aujourdâhui en Suisse (II.), puis dans les autres pays ayant participĂ© Ă lâenquĂȘte (III). Finalement, nous prĂ©senterons les recommandations du rapporteur international ainsi que les rĂ©solutions adoptĂ©es par la LIDC (IV).
Le premier domaine dans lequel les AC jouissent dâun pouvoir discrĂ©tionnaire est celui de la dĂ©tection des infractions.
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â Les pratiques anticoncurrentielles des entreprises peuvent ĂȘtre dĂ©couvertes de deux maniĂšres: dâune part, lâAC peut se fier aux plaintes, aux dĂ©nonciations de tiers et aux participations au programme de clĂ©mence. Câest lâapproche dite «rĂ©active» ou «ex post». Dâautre part, lâAC peut Ă©galement surveiller le marchĂ© afin de dĂ©couvrir de son propre chef des comportements anticoncurrentiels (approche dite «pro-active» ou «ex ante»).
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â Ces deux approches peuvent parfaitement coexister. Toutefois, au vu du succĂšs rencontrĂ© par les programmes de clĂ©mence, les AC risquent de concentrer leurs ressources sur les cas qui leur sont soumis (par le biais des programmes de clĂ©mence ou des dĂ©nonciations) et de nĂ©gliger ainsi leur activitĂ© de dĂ©tection sur le terrain.
En Suisse, la LCart connaĂźt les deux types de dĂ©tection des infractions: la Comco peut ainsi mener des enquĂȘtes prĂ©alables dâoffice («pro-active») ou Ă la demande des entreprises concernĂ©es ainsi que sur dĂ©nonciation de tiers («rĂ©active»).
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â On peut estimer Ă 80% environ la part des investigations rĂ©actives de la Comco qui rĂ©sultent dâindications donnĂ©es par les entreprises concernĂ©es via le programme de clĂ©mence, ou par des tierces parties. (i) Dans les cas dâabus de position dominante, les dĂ©nonciations de tiers reprĂ©sentent plus de 70% des cas. (ii) En matiĂšre dâaccords illicites, les participations au programme de clĂ©mence deviennent de plus en plus frĂ©quentes et reprĂ©sentent ainsi plus de la moitiĂ© des investigations.
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â Lâintroduction du programme de clĂ©mence dans la LCart lors de sa rĂ©vision en 2004 a entraĂźnĂ© une diminution importante du nombre dâenquĂȘtes pro-actives menĂ©es dâoffice. Bien quâil nâexiste aucune donnĂ©e fiable mesurant lâimpact de lâintroduction du programme de clĂ©mence sur les investigations de la Comco, les auteurs estiment que les enquĂȘtes menĂ©es dâoffice ont diminuĂ© de plus de 60%. Aujourdâhui, moins de 20% des enquĂȘtes sont ouvertes par la Comco de sa propre initiative.
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â Enfin, la Comco consacre enfin 5% de ses activitĂ©s Ă des avis de droit rendus Ă la demande de diverses autoritĂ©s qui ne sont pas actives dans le domaine de la concurrence, par exemple les agences actives en matiĂšre de marchĂ©s publics ou dâautres rĂ©gulateurs dans le secteur des tĂ©lĂ©communications ou des postes par exemple. 5% des cas sont transmis pour avis Ă la Comco par les tribunaux civils lorsque la licĂ©itĂ© dâune restriction Ă la concurrence est mise en cause au cours dâune procĂ©dure civile.
Dans la mesure oĂč les ressources financiĂšres, humaines et techniques des AC sont limitĂ©es, celles-ci ne peuvent enquĂȘter sur lâintĂ©gralitĂ© des cas quâelles dĂ©couvrent ou qui leur sont soumis. Elles risqueraient en effet de ne plus pouvoir intervenir lĂ oĂč leur prĂ©sence serait vĂ©ritablement opportune.
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â Les AC jouissent donc dâun pouvoir dâapprĂ©ciation dans lâallocation de leurs ressources et le choix de leurs interventions.
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â Le fait de sĂ©lectionner les cibles dâinterventions soulĂšve toutefois de nombreuses critiques, parce quâil entraĂźne un affaiblissement du principe dâĂ©galitĂ© devant la loi.
Le droit suisse ne contient pas explicitement de dispositions particuliĂšres relatives aux enquĂȘtes portant sur un secteur particulier de lâĂ©conomie. Lorsquâelle ouvre une enquĂȘte, lâAC applique les rĂšgles gĂ©nĂ©rales de la LCart. La Comco annonce toutefois dans son rapport annuel ses prioritĂ©s pour lâannĂ©e Ă venir. Elle a menĂ© deux enquĂȘtes sectorielles par le passĂ©:
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â Dans le domaine des assurances incendie, lâenquĂȘte nâa pas permis de mettre en Ă©vidence des indices dâune restriction illicite Ă la concurrence, bien que les primes des assureurs privĂ©s Ă©taient plus Ă©levĂ©es que celles des assureurs cantonaux au bĂ©nĂ©fice dâun monopole.
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â Sur le marchĂ© du crĂ©dit Ă la consommation, la Comco a constatĂ© que le taux dâintĂ©rĂȘt moyen pour le crĂ©dit Ă la consommation avait baissĂ© les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes, que lâentreprise leader avait perdu des parts de marchĂ© et que de nouveaux entrants avaient stimulĂ© la concurrence sur le marchĂ©. LâenquĂȘte nâa donc permis de mettre en Ă©vidence aucun indice dâune restriction Ă la concurrence.
La Comco a la compĂ©tence dâarrĂȘter lâordre dans lequel les enquĂȘtes qui ont Ă©tĂ© ouvertes doivent ĂȘtre traitĂ©es. Cette flexibilitĂ© permet Ă la Comco dâadapter ses prioritĂ©s, par exemple lorsque la situation Ă©conomique se modifie.
Finalement, on notera que la Comco nâintervient en principe pas dans les domaines rĂ©gis par des rĂ©glementations spĂ©cifiques (par exemple lâĂ©nergie ou les tĂ©lĂ©communications). Elle laisse en effet cette tĂąche Ă lâautoritĂ© compĂ©tente dans le secteur en question.
Lorsque lâenquĂȘte prĂ©alable laisse apparaĂźtre des indices de commission dâune infraction, lâAC ouvre une enquĂȘte, quittant ainsi le relatif anonymat dans lequel elle agissait jusquâalors. Elle peut ainsi ĂȘtre soumise Ă diverses rĂšgles tendant notamment Ă protĂ©ger les droits des parties Ă la dĂ©fense, telles que des rĂšgles spĂ©cifiques dâadoption, des exigences dâinformation ou la fixation de dĂ©lais plus ou moins stricts.
Le SecrĂ©tariat de la Comco mĂšne en rĂšgle gĂ©nĂ©rale des enquĂȘtes prĂ©alables afin dâĂ©tablir la prĂ©sence dâindices suffisants avant dâouvrir une enquĂȘte (art. 26 LCart). Cette procĂ©dure reste en gĂ©nĂ©ral secrĂšte et nâimplique pas le droit de consulter les dossiers (art. 26 al. 3 LCart).
En prĂ©sence dâindices suffisants dâune infraction Ă la LCart, le SecrĂ©tariat ouvre une enquĂȘte avec le consentement dâun des membres de la PrĂ©sidence de la Comco (art. 27 al. 1 LCart).
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â Selon la jurisprudence, il ne sâagit pas dâune dĂ©cision formelle au sens de la PA et il nây a donc aucune voie de recours. Lorsque la Comco refuse en revanche dâouvrir une enquĂȘte Ă la demande dâun tiers, elle rend une dĂ©cision au sens de lâart. 5 al. 1 lit. b PA.
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â La Comco jouit dâun important pouvoir discrĂ©tionnaire tant en relation avec lâouverture dâune enquĂȘte prĂ©alable quâavec lâouverture dâune enquĂȘte. Le seul critĂšre posĂ© par la jurisprudence est celui de lâintĂ©rĂȘt public: la Comco devrait ouvrir une enquĂȘte lorsquâil y a un intĂ©rĂȘt public Ă la protection de la concurrence et renoncer Ă le faire lorsque seuls des intĂ©rĂȘts privĂ©s sont en jeu. Au-delĂ , lâarbitraire constitue la seule limite au pouvoir discrĂ©tionnaire de la Comco.
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â Lâouverture dâune enquĂȘte nâa pas Ă ĂȘtre justifiĂ©e. Toutefois, la Comco est tenue de rendre publique lâouverture dâune enquĂȘte et dâindiquer le but de celle-ci ainsi que les parties concernĂ©es.
Toutes les procédures ne se terminent pas par une décision constatant une restriction à la concurrence et imposant une amende.
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â Ainsi, les lĂ©gislations suisse et Ă©trangĂšres peuvent autoriser les AC Ă clore une procĂ©dure en Ă©change dâun engagement de lâentreprise concernĂ©e ou en passant un accord avec celle-ci.
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â Les AC peuvent Ă©galement ĂȘtre amenĂ©es Ă prendre des dĂ©cisions constatant lâinexistence de toute restriction Ă la concurrence.
Les modes alternatifs de clĂŽture dâune procĂ©dure jouissent depuis quelques annĂ©es dâun intĂ©rĂȘt sans prĂ©cĂ©dent.
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â Ils permettent notamment de rĂ©duire la durĂ©e de la procĂ©dure et, ainsi, de corriger au plus vite les distorsions de concurrence sur un marchĂ©. GrĂące Ă leur flexibilitĂ©, ils sont Ă mĂȘme de sâadapter Ă des marchĂ©s en continuelle Ă©volution.
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â Le pouvoir discrĂ©tionnaire des AC Ă ce stade de la procĂ©dure ne va toutefois pas sans difficultĂ©: risque dâarbitraire, absence de punition pour le comportement anticoncurrentiel, etc.
En Suisse, la loi distingue les enquĂȘtes prĂ©liminaires (art. 26 LCart) des enquĂȘtes «formelles» (art. 27 LCart).
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â Dans le premier cas, il nây a pas de dĂ©cision formelle de clĂŽture puisquâaucune procĂ©dure formelle nâa Ă©tĂ© ouverte. LâenquĂȘte est donc «close» par lâenvoi dâun simple courrier.
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â En revanche, lorsquâune enquĂȘte formelle a Ă©tĂ© ouverte et quâelle ne permet pas dâĂ©tablir lâexistence dâune restriction illicite Ă la concurrence, la Comco est contrainte de clore la procĂ©dure par une dĂ©cision formelle.
Il nâexiste aucun critĂšre formel gouvernant la clĂŽture de la procĂ©dure; la Comco jouit Ă cet Ă©gard dâun large pouvoir dâapprĂ©ciation.
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â Selon la jurisprudence toutefois, elle clĂŽturera une enquĂȘte lorsque lâintĂ©rĂȘt public ou les preuves font dĂ©faut. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, la Comco sâabstient dâouvrir une enquĂȘte si seuls des intĂ©rĂȘts individuels sont en jeu.
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â Les seules limites au pouvoir discrĂ©tionnaire de la Comco sont le dĂ©ni de justice et le retard injustifiĂ© (art. 46a PA).
Par ailleurs, la Comco ne peut pas prendre de dĂ©cision formelle dĂ©clarant la LCart inapplicable, sauf dans le cas des marchĂ©s exclus du champ dâapplication de la LCart (art. 3 LCart). En pratique, lâinapplicabilitĂ© de la loi apparaĂźt lors de lâenquĂȘte prĂ©alable et une enquĂȘte formelle nâest ainsi pas ouverte.
Finalement, la LCart contient des dispositions sur le rĂšglement amiable des litiges. Ainsi, lâart. 29 LCart dispose que, si le secrĂ©tariat considĂšre quâune restriction Ă la concurrence est illicite, il peut proposer aux entreprises concernĂ©es un accord amiable portant sur les modalitĂ©s de la suppression de la restriction (al. 1). Lâaccord requiert la forme Ă©crite et doit ĂȘtre approuvĂ© par la Comco (al. 2). Cette procĂ©dure est comparable aux «engagements» connus dans dâautres juridictions.
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â La loi ne pose pas de limites Ă la procĂ©dure de rĂšglement amiable. En pratique toutefois, le rĂšglement amiable des litiges dĂ©pend de la question de savoir si lâengagement pris par lâentreprise concernĂ©e permettra dâĂ©viter de futures infractions Ă la LCart. Par ailleurs, la Comco nâentame pas de nĂ©gociations pour un rĂšglement amiable si elle entend prononcer des sanctions.
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â La dĂ©cision de nĂ©gocier la fin dâune procĂ©dure dâenquĂȘte nâest en rĂšgle gĂ©nĂ©rale pas rendue publique. Les rĂšgles «traditionnelles» sont applicables Ă la motivation et la publication des dĂ©cisions comprenant un engagement ou un accord. La Comco doit par ailleurs Ă©galement examiner si lâengagement pris ou lâaccord conclu sont de nature Ă supprimer la restriction Ă la concurrence.
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â La conclusion dâun accord ou la prise dâun engagement par les entreprises visĂ©es par une enquĂȘte nâempĂȘche toutefois pas la Comco, sur proposition du secrĂ©tariat ou des intĂ©ressĂ©s, de rĂ©voquer ou modifier sa dĂ©cision si lâĂ©tat de fait ou la situation juridique se sont modifiĂ©s de maniĂšre importante.
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â Les dĂ©cisions de la Comco comprenant un engagement ou un accord peuvent faire lâobjet dâun recours au Tribunal administratif fĂ©dĂ©ral.
La Comco a appliquĂ© cette procĂ©dure de rĂšglement amiable des litiges pour la premiĂšre fois en 2006. On considĂšre quâune procĂ©dure nĂ©gociĂ©e reprĂ©sente un gain de temps dâenviron 30% par rapport Ă une procĂ©dure traditionnelle.
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â Dans le domaine de lâindustrie horlogĂšre, lâenquĂȘte menĂ©e par la Comco contre ETA, filiale de Swatch Group et fabricant dâĂ©bauches, a mis en Ă©vidence un abus de position dominante. ETA sâest engagĂ©e dans un accord Ă continuer Ă livrer le mĂȘme volume dâĂ©bauches puis pendant deux annĂ©es supplĂ©mentaires une quantitĂ© rĂ©duite, avant de stopper totalement sa production comme elle entendait le faire en premier lieu. Cet engagement a permis lâĂ©mergence dâautres producteurs quâETA.
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â Sur le marchĂ© des cartes de crĂ©dit, la Comco a approuvĂ© un engagement valable 4 ans et rĂ©duisant de 0,2% les commissions dâinterchange. La pression exercĂ©e sur les prix Ă la suite de cet accord a augmentĂ© la concurrence dans le domaine des Ă©metteurs de cartes de crĂ©dit et a permis lâintroduction de cinq cartes de crĂ©dit «low-cost».
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â Dans le cadre dâune enquĂȘte contre lâopĂ©rateur de lâaĂ©roport de Zurich (Unique), la Comco a conclu que Unique avait abusĂ© de sa position dominante dans le domaine des parkings de lâaĂ©roport et a donc prononcĂ© une amende. Toutefois, comme Unique sâest montrĂ© coopĂ©ratif durant la fin de la procĂ©dure, quâil a signĂ© un accord contractuel avec dâautres fournisseurs du service de valet parking et quâil est parvenu Ă un accord avec la Comco, celle-ci a dĂ©cidĂ© de ne pas imposer lâamende maximale.
Les AC jouissent dâun large pouvoir discrĂ©tionnaire dans lâorganisation de leur politique de dĂ©tection des infractions. Tous les pays connaissent tant lâapproche «pro-active» que lâapproche «rĂ©active», et aucun ne fixe de rĂšgle dictant la primautĂ© de lâune sur lâautre.
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â Une grande majoritĂ© des AC se voient consultĂ©es par des tribunaux, des autoritĂ©s de surveillance dans certains secteurs spĂ©cifiques ou mĂȘme des organes exĂ©cutifs tels que le ministĂšre de lâĂ©conomie, ce qui rĂ©duit encore leur capacitĂ© Ă sâengager dans la dĂ©tection proactive des infractions, dâautant que certains Etats prĂ©voient lâobligation dâouvrir une procĂ©dure dâenquĂȘte sur demande (notamment en Belgique et en Hongrie).
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â Certains pays (SuĂšde et Europe de lâEst notamment) doivent, de par la loi, traiter toutes les plaintes qui leur sont soumises, tout en respectant des dĂ©lais parfois serrĂ©s. Cela entraĂźne une forte diminution du temps Ă disposition pour une approche «pro-active» des enquĂȘtes.
Il existe peu de juridictions disposant dâune base lĂ©gale pour la fixation des prioritĂ©s. Ailleurs, la question de savoir si et comment les AC fixent leurs prioritĂ©s reste mystĂ©rieuse. La pratique consistant Ă faire connaĂźtre dans leurs rapports annuels leurs prioritĂ©s pour lâannĂ©e Ă venir existe quant Ă elle ailleurs quâen Suisse.
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â La plupart des autres Etats nâont pas de base lĂ©gale autorisant les AC Ă fixer des prioritĂ©s et listant les critĂšres devant ĂȘtre observĂ©s Ă cette fin. Toutefois, presque tous reconnaissent aux AC un large pouvoir discrĂ©tionnaire pour dĂ©cider de procĂ©der en prioritĂ© Ă lâencontre dâun secteur, pour autant que cette dĂ©cision soit motivĂ©e et non arbitraire.
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â Seules certaines AC suivent des procĂ©dures spĂ©cifiques Ă cette fin. (i) En Grande-Bretagne, il existe ainsi des «Principes de hiĂ©rarchisation des prioritĂ©s», lesquels dĂ©finissent les tĂąches prioritaires, le critĂšre principal Ă©tant lâanalyse des coĂ»ts par rapport au bĂ©nĂ©fice potentiel. (ii) LâAC belge quant Ă elle attribue un degrĂ© de prioritĂ© Ă chacune des affaires quâelle traite en fonction de certains critĂšres prĂ©cis. (iii) Au Japon, les degrĂ©s de prioritĂ©s attribuĂ©s Ă chacune des affaires sont constamment réévaluĂ©s, notamment en fonction du comportement de lâentreprise en cause durant lâenquĂȘte.
La plupart des juridictions distinguent les enquĂȘtes prĂ©liminaires des enquĂȘtes formelles. Par consĂ©quent, les instruments Ă disposition des AC diffĂšrent en fonction du stade de lâenquĂȘte, les instruments plus intrusifs Ă©tant rĂ©servĂ©s Ă la seconde partie de lâenquĂȘte. Plusieurs Etats en rĂ©fĂšrent Ă un organe judiciaire ou «exĂ©cutif» avec une proposition de sanction.
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â La dĂ©cision dâouvrir une enquĂȘte est gĂ©nĂ©ralement prise par les individus figurant au sommet de la hiĂ©rarchie de lâAC. On rencontre Ă©galement la situation oĂč les unitĂ©s opĂ©rationnelles sont compĂ©tentes pour prendre une telle dĂ©cision, parfois sous rĂ©serve de lâapprobation prĂ©alable de la hiĂ©rarchie.
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â Dans la plupart des pays ayant participĂ© Ă lâenquĂȘte, une dĂ©cision formelle est adressĂ©e Ă lâentreprise visĂ©e. En revanche, seuls quelques pays obligent lâAC Ă notifier cette information aux dĂ©nonciateurs tiers et aux autres parties intĂ©ressĂ©es. A cet Ă©gard, le Japon a une politique de renseignement Ă©tendue puisque son AC informe les parties, les dĂ©nonciateurs, les experts et les tĂ©moins Ă©ventuels.
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â Alors que la publication de la dĂ©cision dâouvrir une enquĂȘte est obligatoire en Suisse, elle est optionnelle dans la plupart des autres pays.
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â Sâagissant du contrĂŽle juridictionnel de la dĂ©cision de lâAC, les diffĂ©rents Etats connaissent des solutions diverses. Un certain nombre dâEtats ont exclu la possibilitĂ© dâattaquer les dĂ©cisions de lâAC relatives Ă lâouverture dâune enquĂȘte. Dans dâautres pays en revanche, cette mĂȘme dĂ©cision est soumise au contrĂŽle judiciaire. LâItalie est semble-t-il le pays qui, Ă cet Ă©gard, va le plus loin puisquâil prĂ©voit que les dĂ©cisions dâouvrir une enquĂȘte peuvent ĂȘtre revues par lâautoritĂ© de recours sous lâangle technique et Ă©conomique.
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â Des dĂ©lais ne sont que rarement impartis Ă lâAC pour quâelle rende sa dĂ©cision. Ils sont parfois si longs quâils perdent leur but et leur intĂ©rĂȘt. Si la majoritĂ© des pays prĂ©voient la possibilitĂ© dâagir pour dĂ©ni de justice ou en dommages-intĂ©rĂȘts, ces solutions nâont presque aucun intĂ©rĂȘt pratique. Seuls trois Etats fixent des dĂ©lais â extensibles â variant de cinq Ă six mois.
La quasi-totalitĂ© des AC des pays jouissent de la possibilitĂ© de mettre un terme Ă une procĂ©dure par le biais dâun engagement. Toutefois, dans un certain nombre dâentre eux, cette possibilitĂ© nâa Ă©tĂ© que rĂ©cemment introduite et la jurisprudence est donc peu nombreuse.
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â Les similitudes entre les pays sâarrĂȘtent lĂ puisquâil existe un grand nombre de rĂ©gimes diffĂ©rents. (i) Certaines juridictions ont adoptĂ© une approche libĂ©rale oĂč tous les cas peuvent potentiellement faire lâobjet dâun accord. (ii) Dâautres Etats excluent en revanche certains cas de la procĂ©dure amiable, soit parce quâils pourraient donner lieu Ă une amende, soit parce quâils impliquent une restriction de concurrence dâune certaine durĂ©e dans le temps.
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â Peu dâAC sont en revanche autorisĂ©es Ă rendre des dĂ©cisions positives, Ă savoir des dĂ©cisions constatant lâinexistence dâune restriction ou lâinapplicabilitĂ© de la loi. A cet Ă©gard, les AC jouissent donc dâun pouvoir discrĂ©tionnaire limitĂ©.
Le large pouvoir discrĂ©tionnaire dont jouissent les AC en relation avec la dĂ©tection des infractions devrait ĂȘtre rĂ©duit.
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â Il ressort de la prĂ©sente enquĂȘte que, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale (et y compris en Suisse), les AC ont tendance Ă se focaliser sur le traitement des dĂ©nonciations et des plaintes ainsi que sur les annonces relatives aux programmes de clĂ©mence, au dĂ©triment de la recherche active dâinfractions.
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â Cette situation menace lâefficacitĂ© des diffĂ©rentes lois nationales sur les cartels. (i) En effet, en nĂ©gligeant la recherche proactive dâinfractions, les AC donnent un signal nĂ©gatif aux entreprises qui contreviennent Ă la concurrence, lesquelles savent que les risques dâĂȘtre dĂ©couvertes et poursuivies sont faibles. (ii) De mĂȘme, les entreprises participant Ă une entente cartellaire ne sont pas incitĂ©es Ă participer au programme de clĂ©mence.
Les rĂ©formes ci-dessous devraient ĂȘtre plus importantes dans les pays qui donnent la prioritĂ© aux enquĂȘtes fondĂ©es sur les plaintes.
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â Les AC devraient mĂ©nager une partie de leurs ressources Ă la recherche pro-active dâinfractions.
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â Des clauses spĂ©cifiques relatives aux enquĂȘtes sectorielles devraient ĂȘtre adoptĂ©es.
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â Une augmentation du budget des AC sâimpose. A cet Ă©gard, le rapporteur international relĂšve que les AC courent le risque de perdre leur indĂ©pendance et de se trouver confrontĂ©es Ă des influences politiques indĂ©sirables. Quoi quâil en soit, cette solution paraĂźt pour lâinstant compromise au vu des difficultĂ©s financiĂšres auxquelles sont confrontĂ©s la majoritĂ© des gouvernements.
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â Par contre, la solution adoptĂ©e par la Commission europĂ©enne, laquelle a durci les conditions dâadmissibilitĂ© des plaintes, ce qui a conduit Ă une diminution des dĂ©cisions prises de ce chef, nâest pas une mesure appropriĂ©e.
Les AC sont appelées adopter une politique de détection pro-active, les AC devant si nécessaire se voir attribuer des ressources supplémentaires à cet effet.
Les AC sont confrontĂ©es Ă des contraintes financiĂšres qui les obligent Ă sĂ©lectionner leurs cibles dâintervention.
Le traitement de chaque cas et de chaque plainte nâest pas nĂ©cessairement souhaitable. Ainsi, en matiĂšre pĂ©nale, on renonce parfois Ă poursuivre les dĂ©linquants dits «primaires», câest-Ă -dire qui ne possĂšdent pas de casier judiciaire, qui ont agi pour une raison jugĂ©e lĂ©gitime ou qui ont commis des actes qui ne sont que peu dommageables.
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â Les AC doivent bĂ©nĂ©ficier dâun certain pouvoir discrĂ©tionnaire lorsquâil sâagit de sĂ©lectionner des cibles et de fixer des prioritĂ©s. Les AC seraient incapables de traiter de maniĂšre efficace lâintĂ©gralitĂ© des plaintes, des marchĂ©s et des pratiques anticoncurrentielles existantes.
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â Le pouvoir discrĂ©tionnaire des AC devrait ĂȘtre inscrit dans la loi puisquâil entraĂźne notamment un affaiblissement des principes dâĂ©galitĂ© devant la loi ou de non-discrimination. Il recommande donc lâadoption dâune base lĂ©gale neutre, objective et prĂ©cise afin dâĂ©liminer tout risque de discrimination arbitraire. LâAC devrait ensuite informer les parties intĂ©ressĂ©es du degrĂ© de prioritĂ© attribuĂ© Ă leur cas et leur donner la possibilitĂ© de se dĂ©terminer Ă ce sujet.
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â Enfin, les AC devraient pĂ©riodiquement clarifier publiquement leurs prioritĂ©s.
Les AC devraient avoir la possibilitĂ© de dĂ©finir effectivement leurs prioritĂ©s de mise en Ćuvre des rĂšgles de concurrence sur la base de critĂšres clairs, publics et prĂ©cis.
Les questions soulevĂ©es lors de lâouverture dâune procĂ©dure sont nombreuses:
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â Par rapport aux personnes compĂ©tentes pour dĂ©cider dâouvrir une procĂ©dure dâinfraction, la situation est la suivante: (i) La dĂ©cision peut ĂȘtre prise par une seule personne ou un petit groupe de personnes. Ceci entraĂźne davantage de risques que la dĂ©cision soit prise sur le seul critĂšre dâopportunitĂ©. Il est Ă©galement plus facile pour la sociĂ©tĂ© visĂ©e et/ou le plaignant dâinfluencer la personne en charge de la dĂ©cision. (ii) Lâimplication dâun plus grand nombre de personnes dans la procĂ©dure ne prĂ©sente toutefois pas que des avantages: cela pourrait mener Ă une politisation de la dĂ©cision, cela augmente les possibilitĂ©s dâinfluence par des tiers et cela implique lâutilisation dâun plus grand nombre de ressources.
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â Lâinformation du plaignant de lâouverture dâune procĂ©dure et de son avancement permet de le rendre attentif aux Ă©ventuels droits qui lui sont confĂ©rĂ©s par la lĂ©gislation nationale (accĂšs au dossier, participation aux auditions, etc.). Les AC peuvent Ă©galement tirer avantage de la connaissance du marchĂ© que possĂšdent les plaignants.
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â Un recours contre la dĂ©cision dâouvrir une procĂ©dure peut avoir pour consĂ©quence de submerger les cours dâappel avec des recours intermĂ©diaires et ainsi de freiner lâactivitĂ© dĂ©cisionnelle des AC. Par ailleurs et dans la mesure oĂč la dĂ©cision finale de lâAC, quelle quâelle soit, est gĂ©nĂ©ralement soumise au contrĂŽle judiciaire, les Ă©ventuelles irrĂ©gularitĂ©s sont corrigĂ©es et sanctionnĂ©es Ă ce stade.
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â Sâagissant du respect de dĂ©lais, les entreprises subissant une enquĂȘte sont souvent confrontĂ©es Ă des dommages financiers et opĂ©rationnels. Ainsi, elles ont donc intĂ©rĂȘt Ă ce que ladite enquĂȘte soit rapidement terminĂ©e. Les AC peuvent ĂȘtre tentĂ©es de ralentir volontairement la procĂ©dure afin dâamener les entreprises visĂ©es Ă proposer une tentative de rĂšglement Ă lâamiable.
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â Une rapiditĂ© accrue des procĂ©dures prĂ©sente des avantages, mais Ă©galement une sĂ©rie dâinconvĂ©nients, au nombre desquels la pĂ©joration du travail des AC par manque de temps et le dĂ©faut de prise en compte des particularitĂ©s de chaque cas, de leur degrĂ© de sophistication, du nombre de parties impliquĂ©es, de la quantitĂ© de piĂšces fournies etc.
Une approche diffĂ©renciĂ©e sâimpose par rapport Ă lâouverture dâune procĂ©dure:
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â La publicitĂ© de la dĂ©cision dâouvrir une enquĂȘte doit tenir compte de la prĂ©somption dâinnocence dont bĂ©nĂ©ficie la sociĂ©tĂ© sous enquĂȘte, lâimage de celle-ci pouvant souffrir de la publicitĂ© nĂ©gative apportĂ©e par une enquĂȘte.
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â Au vu des enjeux financiers, Ă©conomiques et lĂ©gaux quâelle entraĂźne pour la sociĂ©tĂ© concernĂ©e, la dĂ©cision dâouvrir une procĂ©dure dâenquĂȘte doit ĂȘtre motivĂ©e afin que les parties puissent savoir ce qui leur est reprochĂ© et afin quâun contrĂŽle judiciaire ultĂ©rieur puisse avoir lieu.
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â InspirĂ©e de la lĂ©gislation italienne, il serait souhaitable que les AC elles-mĂȘmes fixent au dĂ©but de chaque procĂ©dure un dĂ©lai pour agir, tenant compte notamment de la complexitĂ© de lâaffaire et des ressources Ă disposition.
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â Il serait judicieux dâinformer les tierces parties intĂ©ressĂ©es respectivement les plaignants de lâouverture dâune procĂ©dure ou au contraire de la dĂ©cision de ne pas donner suite Ă leur plainte.
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â Il faudrait aussi envisager de fixer des dĂ©lais raisonnables pour lâexamen de chaque cas, lesquels devraient ĂȘtre Ă©tablis au cas par cas et seraient susceptibles dâĂȘtre Ă©tendus par dĂ©cision motivĂ©e.
Les engagements ne sont pas de nature Ă punir, ni Ă corriger les effets dâune restriction illicite Ă la concurrence, ce qui risque de freiner les futures dĂ©nonciations, de frustrer les victimes de tels agissements et de compliquer la tĂąche des tribunaux chargĂ©s dâallouer dâĂ©ventuels dommages-intĂ©rĂȘts.
Le mode de rĂ©solution dâune procĂ©dure dĂ©pend en large mesure de la gravitĂ© de lâinfraction:
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â Certains comportements entraĂźnant une restriction de concurrence particuliĂšrement grave doivent ĂȘtre exclus du champ dâapplication des rĂšglements Ă lâamiable. Partant, le pouvoir discrĂ©tionnaire relatif aux procĂ©dures de nĂ©gociation devrait ĂȘtre rĂ©duit.
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â Sâagissant de lâexĂ©cution positive, les AC devraient clore chaque cas par une dĂ©cision formelle, reconnaissant le cas Ă©chĂ©ant la conformitĂ© avec la loi ou lâinapplicabilitĂ© de celle-ci. De telles dĂ©cisions pourraient amĂ©liorer la conformitĂ© des entreprises avec la loi, dans la mĂȘme mesure que des lignes directrices ou des communications, mais avec lâavantage dâĂ©voluer avec le marchĂ©, et de proposer une approche moins thĂ©orique et gĂ©nĂ©raliste.
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â A cet Ă©gard, la marge discrĂ©tionnaire devrait permettre aux AC dâadopter, dâune part, des dĂ©cisions positives et, dâautre part, dâĂ©mettre des directives largement publiĂ©es et personnalisĂ©es sur certains secteurs ou pratiques, Ă la demande des acteurs ou de leur propre initiative.
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â Il sied dâĂ©viter de nĂ©gocier des engagements dans les cas impliquant des restrictions flagrantes de concurrence.
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â Les lĂ©gislations nationales devraient permettre aux AC dâadopter des dĂ©cisions publiĂ©es et motivĂ©es de constatation dâabsence dâinfraction et de fournir des orientations individuelles aux entreprises.
Les Ă©changes de vue ainsi que les rapports prĂ©sentĂ©s permettent dâen dĂ©duire certaines gĂ©nĂ©ralitĂ©s:
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â De nombreux points de convergence existent entre les diffĂ©rents pays. NĂ©anmoins, il nâen demeure pas moins que de multiples diffĂ©rences subsistent.
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â Tous les pays reconnaissent lâimportance dâattribuer aux AC un certain degrĂ© discrĂ©tionnaire dans lâexercice de leurs pouvoirs dâinvestigation, avant tout en raison de leurs connaissances spĂ©cialisĂ©es dans le domaine de la concurrence. Toutefois, la mise en Ćuvre de ce pouvoir discrĂ©tionnaire suppose Ă©galement un certain nombre de contrĂŽles et de garde-fous, soit par le biais de la loi, qui peut imposer des obligations ou des critĂšres de dĂ©cisions, soit par le biais dâun examen judiciaire du bien-fondĂ© des dĂ©cisions de lâAC.