4 | 2022
Bibliographie
Besprechung | Compte rendu
| Magda Streuli-Youssef (Hg.)

Lauterkeitsrecht (SIWR V/1)

Helbing Lichtenhahn Verlag, 3. Aufl., Basel 2020, LIX + 479 Seiten, CHF 78.00, ISBN 978–3–7190–3841–0

Compte rendu par Ralph Schlosser, docteur en droit, LL.M., avocat Ă  Lausanne.

Les praticiens de la propriĂ©tĂ© intellectuelle et du droit de la concurrence le savent depuis longtemps: les ouvrages de la sĂ©rie SIWR ne sauraient manquer Ă  leur bibliothĂšque. RĂ©digĂ©s par des experts avisĂ©s, ceux-ci fournissent en effet un Ă©clairage didactique et critique sur les domaines commentĂ©s. Le volume V/1, consacrĂ© Ă  la LCD, ne fait pas exception Ă  la rĂšgle. Seulement, sa deuxiĂšme Ă©dition datait de 1998. Or, en l’espace de vingt ans, la LCD a Ă©tĂ© remaniĂ©e de maniĂšre considĂ©rable: plusieurs nouvelles dispositions ont vu le jour, certaines dispositions ont subi des modifications substantielles (comme l’art. 8) et d’autres ont Ă©tĂ© supprimĂ©es. En outre, la jurisprudence s’est Ă©toffĂ©e et la doctrine n’a pas Ă©tĂ© inactive.

Une réédition du volume V/1 s’imposait dĂšs lors. C’est Ă  Magda Streuli-Youssef que revient l’immense mĂ©rite de s’ĂȘtre attelĂ©e Ă  cette tĂąche et d’avoir rĂ©uni autour de ce projet Ă©ditorial des auteurs dĂ©cisifs, qui ont livrĂ© un travail remarquable et font de ce commentaire un outil indispensable pour toute avocate et tout juge amenĂ©s Ă  se pencher sur une problĂ©matique de concurrence dĂ©loyale.

Le livre s’ouvre sur un commentaire des articles 1 et 2 par Markus Kaiser et Michael Noth (partie A N 1–284). Leur texte trĂšs fouillĂ© est d’une grande clartĂ© et Ă©claire de façon convaincante les thĂšmes souvent ardus que soulĂšvent ces deux dispositions. On se rĂ©jouira en particulier de ce que les auteurs dĂ©passent la critique (certes lĂ©gitime) de l’Umwegthese, pour affirmer qu’il demeure nĂ©cessaire de prĂ©server la cohĂ©rence du systĂšme lĂ©gal (N 70); l’interprĂ©tation de la LCD ne saurait en effet aboutir Ă  des solutions qui seraient en contradiction avec les objectifs poursuivis par les lois spĂ©ciales (cf. I. Cherpillod, Le droit suisse des marques, Lausanne 2007, 55). De maniĂšre fort utile, Kaiser et Noth abordent par ailleurs la question du droit international privĂ©, notamment en lien avec les actes commis sur Internet (N 85–95); paru aprĂšs la clĂŽture de rĂ©daction du livre, l’arrĂȘt «Merck» – qui apporte des rĂ©ponses essentielles en la matiĂšre – n’a pas pu ĂȘtre mentionnĂ© (ATF 146 III 225 ss).

Des thĂ©ories en matiĂšre de concurrence, Kaiser et Noth retiennent les enseignements suivants: d’abord, la concurrence doit garantir une information correcte sur les coĂ»ts et les propriĂ©tĂ©s des produits; ensuite, elle doit protĂ©ger les innovations tout en favorisant les imitations (N 114). Leur analyse les amĂšne Ă  soutenir que l’approche fondĂ©e sur la moralitĂ© en affaires et l’approche fonctionnelle s’appliquent toutes deux (N 116, N 132–137); cette opinion nuancĂ©e mĂ©riterait d’ĂȘtre davantage considĂ©rĂ©e par les tribunaux, qui attachent parfois une importance excessive Ă  l’approche morale au dĂ©triment de l’approche fonctionnelle.

Evoquant la relation entre la clause gĂ©nĂ©rale et les dispositions spĂ©ciales (N 182–211), Kaiser et Noth critiquent la subsidiaritĂ© instaurĂ©e dans l’ATF 133 III 431 ss, «Auf zu neuen Taten», et estiment que ces normes devraient ĂȘtre prises en considĂ©ration en parallĂšle (N 206). Si la critique peut apparaĂźtre convaincante sur le plan du raisonnement, je reste pour ma part attachĂ© Ă  l’approche du TF aux termes de laquelle certains Ă©tats de fait sont dĂ©crits de maniĂšre si prĂ©cise dans les dispositions spĂ©ciales que ces derniĂšres dĂ©limitent les frontiĂšres entre ce qui est loyal et dĂ©loyal (consid. 4.3).

Enfin, Kaiser et Noth passent en revue un certain nombre de comportements que la jurisprudence et la doctrine rattachent Ă  la clause gĂ©nĂ©rale (N 212–284). Leur commentaire est une mine d’or pour le praticien, d’autant qu’il est prĂ©sentĂ© de maniĂšre spĂ©cialement didactique. On apprĂ©ciera en particulier l’analyse de diffĂ©rentes sous-catĂ©gories de l’imitation: crĂ©ation d’un risque de confusion par l’imitation d’élĂ©ments distinctifs, reprise de la prestation d’autrui sans sacrifice correspondant, parasitisme inutile, imitation servile, etc. (N 217–226). Les auteurs arbitrent pour chacun de ces cas les intĂ©rĂȘts qui s’affrontent – libertĂ© d’imitation versus protection des investissements – pour aboutir Ă  des solutions pragmatiques et claires. On pourra parfois prĂ©fĂ©rer d’autres rĂ©ponses (comme Ă  propos des marques abandonnĂ©es – N 236 – oĂč la dĂ©loyautĂ© pourrait ĂȘtre admise plus largement que ce qui est suggĂ©rĂ©), mais le plus souvent, les dĂ©veloppements convainquent.

Le livre se poursuit avec le commentaire de l’article 3 (partie B N 1–476) par Magda Streuli-Youssef (pour l’introduction et les lettres a Ă  n) et Benno Fischer-Siddiqui (pour les lettres o Ă  u). Il convient tout d’abord de saluer le choix Ă©ditorial consistant Ă  commenter les diffĂ©rentes catĂ©gories lĂ©gales, lettre aprĂšs lettre, plutĂŽt que de ranger les comportements dans des catĂ©gories gĂ©nĂ©rales comme le faisait l’édition prĂ©cĂ©dente (cf. N 6), car le praticien trouvera plus rapidement les informations recherchĂ©es.

Par rapport Ă  la deuxiĂšme Ă©dition, Magda Streuli-Youssef a enrichi son commentaire (partie B N 1–289) en prenant non seulement en compte les dĂ©veloppements rĂ©cents de la jurisprudence et de la doctrine, mais en n’hĂ©sitant pas, par | moments, Ă  revenir sur certaines analyses et Ă  modifier ou nuancer les opinions dĂ©fendues prĂ©cĂ©demment. On reconnaĂźt lĂ  l’indĂ©pendance d’esprit et la franchise de l’autrice – qui contribuent grandement Ă  la valeur de ses contributions.

Streuli-Youssef commente de maniĂšre dĂ©taillĂ©e et critique les diffĂ©rents comportements visĂ©s par les dispositions qui lui sont dĂ©volues: dĂ©nigrement, induction en erreur, risque de confusion, publicitĂ© comparative, etc. (N 19–289). De façon constante, l’autrice refuse de prendre pour argent comptant les principes Ă©noncĂ©s par les autres (tribunaux ou auteurs), ce qui l’amĂšne par exemple Ă  nuancer la rĂšgle selon laquelle le droit suisse ne connaĂźt pas d’exception des «unclean hands» (N 31–34). Le Tribunal fĂ©dĂ©ral sait d’ailleurs qu’il peut trouver chez Streuli-Youssef des enseignements prĂ©cieux, comme le montre un rĂ©cent arrĂȘt dans lequel la Haute Cour renvoie Ă  un passage que l’autrice consacre aux mises en demeure injustifiĂ©es (N 45 citĂ© par le TF dans un arrĂȘt du 27 octobre 2021, 4A_265/2021 consid. 6.3, «LaserflĂŒssigkeitsstrahllenkungsverfahren»).

Le risque de confusion est avantageusement traitĂ© Ă  l’aide d’une systĂ©matique originale, en ce que Streuli-Youssef divise le sujet selon que la LCD s’applique cumulativement Ă  des lois spĂ©ciales (N 107–139), de maniĂšre complĂ©mentaire (N 140–156) ou de maniĂšre exclusive (N 157–159). En ce qui concerne l’application complĂ©mentaire de la LCD, Streuli-Youssef aborde notamment la question de la collision de signes de nature diffĂ©rente (N 152–153), en soutenant de maniĂšre convaincante que la prioritĂ© d’usage devrait l’emporter en rĂšgle gĂ©nĂ©rale; ce principe a du reste Ă©tĂ© rĂ©cemment confirmĂ© par le Tribunal fĂ©dĂ©ral (TF du 26 octobre 2020 consid. 10, «Otto’s II»).

En lien avec l’exploitation des prestations d’autrui, Streuli-Youssef aborde Ă  son tour la problĂ©matique de l’articulation entre LCD et lois spĂ©ciales (N 160–181). Elle y dĂ©fend des thĂšses qui nuancent en partie celles que Kaiser/Noth consacrent au mĂȘme sujet, notamment en ce qui concerne la copie servile. Le fait que divers participants Ă  un ouvrage collectif puissent ĂȘtre amenĂ©s Ă  dĂ©velopper des analyses contrastĂ©es sur les mĂȘmes thĂšmes n’est nullement dĂ©rangeant et peut mĂȘme se rĂ©vĂ©ler bĂ©nĂ©fique Ă  un sain dĂ©bat. Tout au plus peut-on regretter l’absence de confrontation explicite avec les thĂšses divergentes ou Ă  tout le moins de renvois internes mettant en lumiĂšre les discordances.

Forte de sa longue expĂ©rience d’avocate, Streuli-Youssef sait bien qu’un conflit se rĂ©soud rarement au moyen d’une seule rĂ©glementation. Elle en vient dĂšs lors Ă  se pencher sur des dispositions lĂ©gales contenues dans d’autres lois que la LCD, comme par exemple les articles 6a et 40a–g CO qu’elle commente dans la foulĂ©e de son analyse de l’art. 3 al. 1 let. h LCD sur les mĂ©thodes de vente agressives (N 242–247). Le praticien lui en saura grĂ©.

L’ensemble des dispositions commentĂ©es par Benno Fischer-Siddiqui (art. 3 al. 1 let. o–u) sont postĂ©rieures Ă  la parution de la prĂ©cĂ©dente Ă©dition du volume V/1 de la sĂ©rie SIWR. Sa contribution fouillĂ©e sur ces normes (partie B N 290–476) est dĂšs lors hautement bienvenue. L’auteur fait montre d’un esprit systĂ©matique et rigoureux, qui l’amĂšne en particulier Ă  s’intĂ©resser aux travaux lĂ©gislatifs afin de mieux comprendre les objectifs poursuivis au moyen de ces nouvelles dispositions lĂ©gales. Par ailleurs, Fischer-Siddiqui a le mĂ©rite de consacrer plusieurs analyses poussĂ©es Ă  la question des consĂ©quences des actes dĂ©loyaux sur la validitĂ© des contrats touchĂ©s (N 345–348, N 372–375, N 430–433, N 467–469).

Le talent d’une Ă©ditrice se manifeste notamment par sa capacitĂ© Ă  rassembler les bons auteurs. Pour commenter les dispositions de la LCD qui se situent aux confins du droit de la concurrence dĂ©loyale et du droit du travail (art. 4 et 7), on pouvait difficilement envisager choix plus judicieux que celui de Daniel Alder, qui est Ă  la fois un grand connaisseur de la propriĂ©tĂ© intellectuelle et de la concurrence dĂ©loyale et un spĂ©cialiste de droit du travail. Sans surprise, c’est de main de maĂźtre qu’Alder traite de l’article 4 LCD sur l’incitation Ă  violer ou Ă  rĂ©silier un contrat (partie C N 1–33) et de l’article 7 LCD sur l’inobservation des conditions de travail (partie C N 285–293).

Ce qui vient d’ĂȘtre dit au sujet du talent de l’éditrice Ă  trouver les contributeurs appropriĂ©s vaut Ă©galement au sujet d’Oliver M. Kunz. Son expertise en matiĂšre de propriĂ©tĂ© intellectuelle et de criminalitĂ© Ă©conomique en faisait en effet la personne idĂ©ale pour commenter l’article 4a sur la corruption active et passive (partie C N 34–103). Ces compĂ©tences se manifestent en particulier dans l’accent placĂ© sur des questions pratiques d’importance, telles que les sanctions civiles et pĂ©nales d’une violation de l’art. 4a (N 90–94) et les consĂ©quences sur les contrats concernĂ©s (N 93).

Le commentaire de l’article 5 est assurĂ© par un autre praticien reconnu, Luca Dal Molin (partie C N 104–248). L’auteur livre une analyse Ă  la fois approfondie et pratique de cette norme. Dal Molin se penche notamment de maniĂšre dĂ©taillĂ©e sur la notion de rĂ©sultat du travail. A ce propos, il soutient de maniĂšre convaincante que, contrairement Ă  ce que suggĂšre le Message, il convient en principe de renoncer Ă  des exigences quantitatives s’agissant des efforts ou des dĂ©penses requis (N 125). On peut Ă©galement se rallier Ă  l’opinion selon laquelle le rĂ©sultat du travail n’a pas nĂ©cessairement Ă  consister dans un secret de fabrication ou d’affaires (N 129), mais l’on regrettera que l’auteur omette d’exiger que le rĂ©sultat du travail revĂȘte un certain degrĂ© de confidentialitĂ©, comme le fait la doctrine apparemment dominante (cf. mon article Les secrets Ă©conomiques dans les relations de travail, les collaborations et les procĂšs civils, in: J. de Werra [Ă©d.], La protection des secrets d’affaires, GenĂšve 2013, 78 et les rĂ©fĂ©rences citĂ©es en note 64). Certes, en prĂ©sence d’une clause contractuelle stipulant une interdiction d’exploiter, l’art. 5 let. a et b pourrait trouver application mĂȘme si le rĂ©sultat du travail appartient au domaine public (N 169), mais il faudra probablement le plus souvent interprĂ©ter une telle clause comme sous-entendant que l’interdiction ne vaut que pour autant et aussi longtemps que le rĂ©sultat du travail est confidentiel (comme le stipulent la plupart des NDA). L’avis selon lequel l’entrĂ©e sur le marchĂ© du rĂ©sultat du travail serait indiffĂ©rente pour l’application de l’art. 5 let. a et b (N 139) mĂ©riterait dĂšs lors ĂȘtre nuancĂ© | (cf. sur cette question mon article La protection des secrets Ă©conomiques, in: F. ClĂ©ment/P.-F. Vulliemin [Ă©d.], Entreprise et propriĂ©tĂ© intellectuelle, Lausanne 2010, 87–99).

Dal Molin livre Ă©galement un commentaire fort utile de l’article 5 let. c (N 204–248). Sauf erreur, il s’agit lĂ  de la premiĂšre analyse de cette norme parue postĂ©rieurement Ă  l’article remarquĂ© de Florent Thouvenin sur le sujet (Art. 5 lit. c UWG reloaded, sic! 2018, 595 ff.) et dans lequel cet auteur propose une lecture inĂ©dite de l’article 5 let. c, devant en permettre une application plus large que celle prĂ©conisĂ©e par les tribunaux. Dal Molin se dĂ©clare sensible Ă  l’approche de Thouvenin (N 233), ce dont on peut selon moi se fĂ©liciter.

L’article 6 LCD sur la violation des secrets de fabrication et d’affaires est traitĂ© par Oliver M. Kunz (partie C N 249–284). A nouveau, la lectrice et le lecteur bĂ©nĂ©ficient ici du regard d’un praticien expĂ©rimentĂ©, qui soulĂšve des questions concrĂštes pour y rĂ©pondre de maniĂšre explicite. Kunz procĂšde en particulier Ă  une balance entre les intĂ©rĂȘts du maĂźtre d’un secret Ă  sa prĂ©servation et ceux des acteurs Ă©conomiques Ă  scruter les produits et services de leurs compĂ©titeurs (N 266). Cette apprĂ©ciation le conduit par exemple Ă  soutenir de maniĂšre convaincante que les achats tests ne sont en principe pas proscrits (N 267) contrairement Ă  ce que suggĂ©rait le TF dans un arrĂȘt relativement ancien (ATF 90 II 51 ss consid. 6, «Stoffmuster»). Plus loin, Kunz s’appuie sur l’arrĂȘt «Auf zu neuen Taten» (ATF 133 III 431 ss consid. 4.5) pour affirmer que les connaissances apprises dans le cadre d’une relation contractuelle peuvent en principe ĂȘtre librement exploitĂ©es (N 269); si l’article 6 ne trouve certes pas application en pareilles circonstances, il convient toutefois selon moi de rĂ©server une possible invocation de l’art. 5 let. a (dont le TF avait Ă©cartĂ© l’application dans le cas d’espĂšce, faute d’allĂ©gations et de preuves idoines).

L’article 8 relatif aux conditions gĂ©nĂ©rales est commentĂ© par Eva Maissen (partie C N 294–362), grande connaisseuse du sujet pour y avoir consacrĂ© sa thĂšse et diverses autres publications. Maissen commence par rappeler que l’article 8 fait figure de corps Ă©tranger dans la LCD, en ce qu’il est imprĂ©gnĂ© avant tout de considĂ©rations de nature contractuelle (N 296–297). Au demeurant, comme l’explique l’autrice (N 296), les autres instruments de contrĂŽle des conditions gĂ©nĂ©rales (adhĂ©sion, interprĂ©tation) sont ancrĂ©s dans le Code des obligations plutĂŽt que dans la LCD. De maniĂšre mĂ©ritoire, Maissen aborde Ă©galement ces outils complĂ©mentaires du contrĂŽle des conditions gĂ©nĂ©rales (N 302–321), ce qui fait de son commentaire un texte complet, qui offre au praticien une vĂ©ritable marche Ă  suivre pour contrĂŽler la licĂ©itĂ© d’une clause comprise dans des conditions gĂ©nĂ©rales. L’autrice s’y montre par moments critique, notamment lorsqu’elle s’en prend de maniĂšre convaincante Ă  l’approche selon laquelle la mise en Ă©vidence d’une clause permettrait d’échapper Ă  la thĂ©orie de l’insolite (N 315). Dans son commentaire des Ă©lĂ©ments constitutifs de l’art. 8, Maissen nous guide agrĂ©ablement et efficacement au travers de ce qu’elle nomme elle-mĂȘme l’épais brouillard qui rĂšgne en la matiĂšre (N 323).

Le livre se clĂŽt par un chapitre consacrĂ© Ă  la lĂ©gitimation et aux dispositions procĂ©durales (art. 9–13a). Ce chapitre est rĂ©digĂ©, comme dans la prĂ©cĂ©dente Ă©dition, par un avocat qui figure sans conteste parmi les plus expĂ©rimentĂ©s en la matiĂšre: Georg Rauber (partie D N 1–151). L’auteur commence par montrer avec pertinence Ă  quel point la casuistique de la Commission suisse pour la loyautĂ© est dĂ©cisive, car les membres de cette autoritĂ© jouissent d’une expĂ©rience considĂ©rable dans le domaine considĂ©rĂ©, qui dĂ©passe souvent celle des juges des tribunaux ordinaires (N 19). Rauber livre par ailleurs des rĂ©flexions utiles en lien avec les complexes internationaux (N 45–51). L’auteur passe en revue les diffĂ©rentes actions Ă  la disposition du lĂ©sĂ©, en particulier les actions rĂ©paratrices (N 98–121). Il y Ă©voque la mĂ©thode de l’analogie Ă  la licence, qu’il propose d’appliquer dĂšs le moment oĂč il est Ă©tabli que le demandeur aurait accordĂ© une licence au dĂ©fendeur (N 107); il n’est Ă  vrai dire pas certain que cette approche soit compatible avec la jurisprudence (ATF 132 III 379 ss, «MilchschĂ€umer»), qui exige que le contrat aurait pu ĂȘtre conclu entre les parties, ce qui suppose Ă  mon avis qu’il soit Ă©galement Ă©tabli que l’auteur de la violation aurait cherchĂ© Ă  conclure une licence avec le lĂ©sĂ©. On se ralliera volontiers Ă  Rauber lorsqu’il soutient – avec la doctrine dominante – que l’action en enrichissement illĂ©gitime peut trouver application quand bien mĂȘme elle n’est pas explicitement citĂ©e Ă  l’art. 9 al. 3 LCD (N 113); le Tribunal fĂ©dĂ©ral a d’ailleurs appliquĂ© les articles 62 et suivants CO dans une affaire de violation de brevet (TF du 12 avril 2006, 4C.290/2005 consid. 3.1, «Rohrschelle») alors que la loi sur les brevets d’invention n’y renvoie pas non plus explicitement. On trouve encore dans la contribution de Rauber des rĂ©flexions prĂ©cieuses en lien avec la sauvegarde des secrets dans le cadre du procĂšs; Rauber y soutient de maniĂšre pertinente qu’un tribunal ne saurait utiliser un moyen de preuve au dĂ©triment d’une partie sans que celle-ci ait pu prendre connaissance de son contenu essentiel et se soit vue accorder la possibilitĂ© de s’exprimer Ă  son sujet (N 151), ce qui revient Ă  appliquer par analogie les articles 28 PA et 56 al. 3 LTF comme le proposent certains auteurs (cf. R. StĂ€uber, Der Schutz von GeschĂ€ftsgeheimnissen im Zivilprozess, ZĂŒrich 2011, 193).

Pour conclure, je ne puis que rĂ©pĂ©ter ce qui ressort des dĂ©veloppements qui prĂ©cĂšdent: la troisiĂšme Ă©dition du tome V/1 de la sĂ©rie SIWR est un ouvrage essentiel que les magistrats comme les avocates ne pourront se dispenser de consulter lorsqu’ils ou elles seront confrontĂ©es Ă  une problĂ©matique de concurrence dĂ©loyale.