Optimizing Environmental Technology Diffusion under Intellectual Property Constraints: a Legal Analysis
Schulthess Juristische Medien AG, ZĂŒrich 2016, 402 pages, CHF 72,
ISBN 978-3-7255-8571-7
Ătudier les effets des rĂ©gimes de propriĂ©tĂ© intellectuelle est une gageure Ă laquelle quelques Ă©conomistes, mais peu de juristes se sont risquĂ©s. Optimizing Environmental Technology Diffusion under Intellectual Property Constraints est un brillant exemple dâune telle Ă©tude dans un domaine trĂšs spĂ©cifique, celui des technologies environnementales, Ă travers le prisme du droit international de la propriĂ©tĂ© intellectuelle. Lâanalyse se donne pour objectif dâidentifier les mĂ©canismes qui semblent garantir la diffusion la plus efficace de technologies environnementales en prĂ©sence de droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle. MĂȘme sâil ne sâagit pas dâune analyse Ă©conomique du droit, la question complexe de lâefficacitĂ© des systĂšmes actuels de propriĂ©tĂ© intellectuelle, voire de leur nĂ©cessitĂ©, constitue indubitablement la toile de fond de lâĂ©tude.
Le titre de lâanalyse est Ă lui seul reprĂ©sentatif dâun dilemme aussi ancien que la propriĂ©tĂ© intellectuelle elle-mĂȘme. Sâil est socialement et Ă©conomiquement souhaitable que des technologies innovantes soient dĂ©veloppĂ©es puis diffusĂ©es, la propriĂ©tĂ© intellectuelle peut apparaĂźtre Ă la fois comme un stimulant de leur dĂ©veloppement et un frein Ă leur diffusion. En considĂ©rant la propriĂ©tĂ© intellectuelle comme une «â contrainteâ » Ă la diffusion de la technologie, le titre porte dâemblĂ©e le regard sur la seconde partie du dilemme. Lâanalyse qui sâensuit ne perd toutefois jamais de vue le caractĂšre fondamental de la propriĂ©tĂ© intellectuelle qui consiste aussi et surtout dans lâencouragement de lâinnovation.
Si le dilemme examinĂ© est ancien, lâintĂ©rĂȘt et lâactualitĂ© de lâĂ©tude rĂ©side dans le choix du domaine technique. La technologie environnementale est la candidate idĂ©ale de lâanalyse: elle est en plein essor et produit chaque annĂ©e quantitĂ© de nouveaux brevets et secrets commerciaux. En mĂȘme temps, sa diffusion paraĂźt urgente en raison des dĂ©fis Ă©conomiques et sociaux posĂ©s par la modification constante du milieu naturel, en particulier le changement climatique et les efforts internationaux pour y faire face. LâĂ©tude porte tout naturellement un regard particulier sur la Âdiffusion de technologies environnementales dans les pays les moins avancĂ©s (PMA) qui, par leur gĂ©ographie, sont souvent particuliĂšrement affectĂ©s par les changements du milieu naturel, mais qui nâont souvent ni les moyens financiers ni lâinfrastructure pour acquĂ©rir les outils technologiques qui leur permettraient dây remĂ©dier ou de sây adapter.
La taille du dĂ©fi relevĂ© par StĂ©phanie Chuffart-Finsterwald apparaĂźt dĂšs le premier chapitre, qui pose le cadre de lâĂ©tude et sâattaque Ă la difficile dĂ©finition de la notion de «â technologie environnementaleâ ». La multitude de dĂ©finitions existantes, basĂ©es sur des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques et politiques divergents en fonction des sources de ces dĂ©finitions, permet dâentrevoir un constat qui accompagnera lâensemble de lâĂ©tudeâ : le droit international de la propriĂ©tĂ© intellectuelle est fortement politisĂ© et de nombreuses initiatives internationales visant Ă une meilleure diffusion de technologies environnementales sont bloquĂ©es en raison de la divergence des intĂ©rĂȘts Ă©conomiques et politiques des acteurs Ă©tatiques.
La mĂ©thodologie systĂ©matique de lâĂ©tude dĂ©montre toutefois quâil existe une multitude de voies parallĂšles visant Ă amĂ©liorer la diffusion de technologies environnementales, dont les accords internationaux en matiĂšre dâenvironnement ou de commerce ne sont quâun exemple parmi dâautres. En effet, il ne peut y avoir une solution unique â ni simple â pour un problĂšme aussi complexe. LâĂ©tude examine ainsi une sĂ©rie dâoutils sous lâangle de leur aptitude Ă optimiser la diffusion de technologies environnementales, depuis les initiatives dâorganisations internationales Ă travers certaines solutions de droit national jusquâĂ diverses initiatives privĂ©es. LâĂ©tude prĂ©sente ainsi une sĂ©rie de solutions trĂšs diffĂ©rentes sous forme de «â boĂźte Ă outilsâ », dont les avantages et les inconvĂ©nients sont soigneusement dĂ©taillĂ©s.
Une prĂ©sentation de lâensemble des outils identifiĂ©s dĂ©passerait le cadre de ce compte rendu. Le lecteur trouvera ci-aprĂšs un choix volontairement arbitraire de certains aspects qui auront paru les plus intĂ©ressants ou originaux Ă lâauteur de ces lignes.
Le premier groupe dâinstruments examinĂ©s sont les incitations liĂ©es au commerce. Ici, lâĂ©tude offre dâabord une analyse fine des articles 7 et 8 ADPIC et le constat sobre (et guĂšre spĂ©cifique aux technologies environnementales) que intĂ©rĂȘt de ces dispositions est limitĂ© pour encourager la diffusion de techÂnologies. En effet, lâarticle 8 ADPIC | exige que les mesures prises selon cette disposition afin de «â protĂ©ger la santĂ© publique et la nutrition et pour promouvoir lâintĂ©rĂȘt public dans des secteurs dâune importance vitale pour leur dĂ©veloppement socio-Ă©conomique et technologiqueâ » soient compatibles avec les autres dispositions de lâADPIC, ce qui ĂŽte le caractĂšre vĂ©ritablement exceptionnel de la rĂšgle. Lâanalyse reviendra toutefois sur ce point dans la derniĂšre partie consacrĂ©e aux exceptions fondĂ©es sur les droits de lâhomme et y proposera une solution originale.
Lâanalyse des patent markets mĂ©riterait Ă elle seule un compte rendu. Ici, on se limitera Ă relever que le lecteur trouvera une prĂ©sentation fouillĂ©e de ce sujet encore mĂ©connu des praticiens de propriĂ©tĂ© intellectuelle, appuyĂ©e de deux Ă©tudes de cas, celui de GreenÂXchange et de IPXI qui auront peut-ĂȘtre Ă©tĂ© les prĂ©curseurs dâune nouvelle maniĂšre dâapprĂ©hender la diffusion de la technologie et de la technologie enÂvironnementale en particulier. Les coĂ»ts de transaction limitĂ©s et la simplicitĂ© de leur utilisation en font en outre un outil de choix pour la diffusion de telles technologies dans des juridictions moins dĂ©veloppĂ©es et/ou disposant de moyens financiers plus limitĂ©s et ce mĂȘme si, comme le souligne lâauteure, les patent markets ne sauraient remplacer, mais au mieux complĂ©ter des nĂ©gociations internationales sur des rĂ©gimes de licence diffĂ©renciĂ©s pour les technologies environnementales.
AprĂšs une analyse dĂ©taillĂ©e, dans la seconde partie de lâĂ©tude, des mĂ©canismes encourageant la diffusion de technologies dans des accords multilatĂ©raux en matiĂšre dâenvironnement, les exceptions et limitations aux droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle constituent le dernier groupe dâinstruments examinĂ©s. La prĂ©sentation commence par la description des procĂ©dures nationales dâaccĂ©lĂ©ration du traitement de demandes de brevet en matiĂšre environnementale («â fast-trackingâ »). Si cet instrument semble plus apparentĂ© Ă lâencouragement de lâinnovation quâĂ sa diffusion proprement dite, il est nĂ©anmoins analysĂ© comme un outil de diffusion Ă part entiĂšre. En effet, lâaccĂ©lĂ©ration des procĂ©dures de dĂ©livrance confĂšre de la sĂ©curitĂ© juridique quant au contenu des droits et permet la conclusion de contrats de licence sur des droits dĂ©livrĂ©s plus rapidement.
LâĂ©tude subsĂ©quente des rĂ©gimes de licence obligatoire conclut en revanche que lâemploi de cet instrument est fortement limitĂ© par lâADPIC et les traitĂ©s «â ADPIC plusâ ». En outre, lâĂ©tude avertit que lâoctroi de licences obligatoires mĂȘme en dehors du cadre de ces obligations internationales ne devrait ĂȘtre envisagĂ© quâau cas par cas.
LâĂ©tude a enfin le grand intĂ©rĂȘt dâexaminer un domaine rarement explorĂ© par la doctrine, les exceptions aux droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle fondĂ©es sur les droits de lâhomme. Une analyse pointue des droits pertinents est suivie dâune analyse des obligations ADPIC sous cet angle qui dĂ©bouche sur la conclusion que si les exceptions prĂ©vues par lâADPIC nâont pas Ă©tĂ© conçues pour sâappliquer Ă des problĂšmes mondiaux et permanents (tel que le changement climatique), il est possible de rĂ©soudre de potentiels conflits entre des normes de droit international public et ce type de situations dâexception en recourant Ă la Convention de Vienne sur le droit des traitĂ©s et le concept de lâĂ©tat de nĂ©cessitĂ©. Ainsi, des conflits entre les obligations de lâADPIC et le droit Ă lâautodĂ©termination de lâius cogens peuvent (parfois) ĂȘtre rĂ©solus en donnant la primautĂ© Ă ce dernier. Si cette analyse est difficile Ă rĂ©futer, elle nâen pose pas moins la question â Ă©minemment politique â de savoir dans quelles circonstances concrĂštes un tel conflit peut ĂȘtre admis, puis rĂ©solu en faveur du droit Ă lâautodĂ©termination et Ă lâencontre des obligations internationales univoques assumĂ©es par un Ătat. LâĂ©tude apporte ici une contribution essentielle au dĂ©bat et il est fort Ă parier que ce sujet fera lâobjet de discussions controversĂ©es durant les annĂ©es Ă venir, en particulier lors de nĂ©gociations dâaccords touchant tant aux questions environnementales que commerciales.
Enfin, lâĂ©tude ne se contente pas de la prĂ©sentation fouillĂ©e dâoutils juridiques. Dans son chapitre conclusif, elle propose une rĂ©flexion sur leur sĂ©lection et application optimale en fonction de quatre paramĂštres concrets: les acteurs en jeu, le temps Ă disposition, le type de technologie Ă diffuser et la situation technologique du destinataire. Ă travers ce «â mode dâemploiâ », la prĂ©sentation fouillĂ©e dâinstruments juridiques se transforme en manuel pratique Ă lâattention tant de conseils que de dĂ©cideurs confrontĂ©s Ă la difficultĂ© de ÂrĂ©soudre des dĂ©fis environnementaux en prĂ©sence de contraintes liĂ©es Ă des droits de propriĂ©tĂ© intellectuelle. Il ne fait pas de doute que cette thĂšse leur fournit un instrument prĂ©cieux pour faire face Ă ces questions complexes.